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[Yang Zhengfan]

[Yang Zhengfan]

Yang Zhengfan tient la distance.

Projeté hors compétition, Distant de Yang Zhengfan, est un film expérimental articulé autour des distances et des émotions. C’est un film troublant qui soulève de nombreuses questions auxquelles le réalisateur de 28 ans a accepté de répondre en compagnie de sa productrice.


L’idée de Distant lui est venue après avoir vu ou vécu des saynètes, ou plus exactement des « histoires » qu’il a eu envie de comparer. Une vision de la vérité, sans ajout de sa part, pour stimuler le spectateur. Sans dialogues, sans musique et en gardant la caméra distante, il revendique un cinéma expérimental où l’imagination de chacun enrichit l’ensemble. C’est une sorte d’observation à travers le prisme de la distance qui existe entre les hommes et la nature. Selon lui, c’est la dimension spatio-temporelle qui crée le film et qui définit l’homme. Bien sûr, il se doute qu’une partie des spectateurs ne comprendra pas le but de son travail. Pourtant il l’assure, ceux qui ont résisté à l’envie de partir durant la projection ont beaucoup aimé. En ce sens, il reconnaît ne pas rechercher un large public, mais plutôt « de bons spectateurs ».

Le film ne dresse pas un portrait de la Chine. Il se contente de montrer des paysages dans lesquels les sentiments et la modernité maintiennent les distances. La force du film passe par le ressenti du spectateur au-delà des images. Toutes les histoires qu’il présente l’ont inspiré, mais certaines plus que d’autres. C’est le cas de l’hôpital, longue scène de solitude d’un malade, de la partie de badminton entre des gamins devant un ouvrier en pause déjeuner, et aussi celle du vieillard qui s’effondre dans la rue dans l’indifférence des passants. Pour Yang Zhengfan, ce n’est pas forcément un style : « J’ai envie de changer, je n’ai pas envie de refaire un film dramatique ».

Il parle beaucoup avec ses mains et la productrice du film et les deux traductrices qui l’entourent participent à son raisonnement. La plupart du temps, cela se finit dans quelques rires que la traductrice tente d’expliquer.

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La Chine, un pays (presque) comme les autres

Les Européens ont parfois une image négative de la Chine. Comment ressent-il cette distance, lui qui est pour la première fois en France ? Question difficile pour un Chinois au-delà de ses frontières. « Certains étrangers aiment plus la Chine que moi » dit-il, se reconnaissant pessimiste, face aux « problèmes  » qu’il préfère ne pas nommer :  « ils sont montrés dans les films… ».

Si la censure a été évoquée lors de la soirée d’ouverture, à propos de l’Afrique, qu’en est-il de l’empire du Milieu? Hmm… Autre réaction gênée. De quelle censure parle-t-on? Il perçoit mal le terme et l’interprète tente de lui faire comprendre par des moyens détournés. Sujet sensible. « Ca existe dans tous les pays… Il faut se poser la question des réalisateurs eux-mêmes, qui se limiteraient, volontairement ».

Il enchaîne en admettant qu’il existe des « évaluations » pouvant aboutir à ce qu’un  film soit exclu du circuit officiel. Les réalisateurs devront alors passer par d’autres voies, créant un genre underground.

Une vie de rencontres

« J’ai regretté de faire du droit » confie-t-il, assumant sa réorientation après des études de juriste, malgré les réticences familiales. Cette étape l’a rendu indépendant et il a pu suivre les enseignements de Zhou Chuanji, son premier professeur de cinéma, une référence en Chine. Il a suivi ses cours après 2007, qui lui ont permis d’avancer dans cette nouvelle voie.

Il apprécie les films étrangers et remarque que ce sont les émotions qui prédominent. Des réalisateurs qui l’ont marqué : Stanley Kubrick, Edward Yang, Maurice Pialat. « J’adore le cinéma français. It’s the best ». Pourtant, s’il ne devait en garder qu’un, c’est un film américain qu’il conserverait après une longue hésitation : 2001, l’Odyssée de l’espace : « du pur cinéma… »

Carlhéric Derré

[A lire] – Critique cinématographique de DistantLe jeu des perceptions par Carlhéric Derré

« Distant de Yang Zhengfan n’est pas un film de cinéma, c’est une œuvre d’art cinématographique, jouant sur les niveaux de perception, au risque de nous anesthésier… »

Carlhéric Derré – Photographe