Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

[Marcos Pimentel]

[Marcos Pimentel]

Entretien avec un cinéaste de la sensibilité

Assis dans un petit salon du café Cosmo agrémenté de canapés colorés aux coussins dorés, Marcos Pimentel cheveux bruns et anneaux à l’oreille, a la timidité typique de ces réalisateurs qui ne se savent pas talentueux.

Humble à l’extrême, Marcos Pimentel semble presque s’excuser d’être là. Pourtant le cinéaste brésilien de 36 ans n’a rien d’un novice avec à son actif déjà une dizaine de courts-métrages documentaires et un premier long-métrage sobrement nommé Sopro (Le Souffle). D’une voix douce et posée, il évoque son parcours, sa relation au cinéma et sa sélection au Festival des 3 Continents.

Marcos Pimentel est un passionné de naissance : très tôt happé par le cinéma, il entame rapidement des études de cinéma et de communication sociale à Cuba. Enthousiaste, le réalisateur en herbe a une idée fixe : faire des documentaires. « C’est un genre qui n’a pas de limite ; un véritable médium d’expression pour moi », explique-t-il. Il ajoute : « La réalité a des histoires aussi belles à raconter que celles qu’on peut inventer, il suffit de mieux regarder ».

Le documentaire : son choix, son parti-pris

Ses courts-métrages débutés en 2003 semblent s’inscrire dans la même veine que le cinéma vérité, très en vogue dans le genre documentaire, mais Pimentel infirme. Il précise que son cinéma est avant tout son regard sur le monde, une traduction à l’écran de sa perception personnelle. Il revendique d’ailleurs avec vigueur le choix du documentaire : « je ne pense pas que je traiterai un autre genre dans le futur, c’est véritablement un parti-pris. Je ne fais pas du documentaire parce que c’est moins cher ou parce que je considère cela comme un tremplin vers un genre plus populaire ».

L’autre constante des films de Pimentel : le Brésil. Le « documentariste » comme il aime se nommer, a beaucoup voyagé. Cuba, l’Allemagne, ou encore aujourd’hui la France : du pays, il en a vu. Mais pour le brésilien, sa terre natale a un petit quelque chose en plus. Bien sûr, son rapport personnel au pays y est pour beaucoup. Mais au delà de son attachement intime, le réalisateur voit dans le Brésil un espace riche en « matière brute ». « C‘est un grand pays complexe et possédant une diversité culturelle unique, les sujets à filmer ne manquent pas. Si je devais résumer mon intérêt pour mon pays je vous dirais cela : la poésie peut naître du chaos. Pour moi le Brésil, c’est ça », dévoile t-il. Et cette poésie, cette complexité si particulière au Brésil, Marcos Pimentel la retrouve toujours à travers ses tournages.

Sopro un premier long-métrage signé Pimentel

C’est dans la région d’Ibitipoca, au cœur du Brésil, que Marcos Pimentel a planté sa caméra pour son premier long-métrage. Dans une petite communauté rurale, le documentaire s’attache à retranscrire le quotidien simple, mais poétique de ces gens de la terre. « Ce village était totalement isolé ; il fallait voyager trois jours à cheval pour l’atteindre ! », précise t-il. Solitude, paysages de géant aux montagnes démesurées, le cadre était idéal, en parfaite osmose avec l’état d’esprit du réalisateur : « Je me retrouvais entièrement dans ce contexte et avec ces gens. Ils savent gérer le silence, ils sont toujours dans la réflexion, un peu comme moi. A travers ce village c’était ma personnalité qui se cristallisait ».

Approcher ces populations isolées peut paraître complexe, pourtant à l’écran rien ne transparaît. Les hommes et les femmes se meuvent avec un naturel déroutant comme si la caméra était invisible. Le secret, sinon le génie, de Pimentel : une approche profondément humaine : « Quand je commence à filmer, les gens sont déjà habitués à ma présence. Nous avons un lien particulier, une intimité commune. Je préserve la captation des moments de solitude et le naturel des gens, car je ne suis pas derrière la caméra. Mon opérateur tient l’engin, et de mon côté j’entretiens un vrai jeu de regards avec eux ». En somme les protagonistes ne sont pas confrontés à une machine, mais au regard d’un homme : une méthode aux antipodes des pratiques intrusives.

Une sélection officielle au Festival des 3 Continents

Sopro est un film personnel. Un résultat auquel le réalisateur ne s’attendait pas, mais une évidence qu’il n’a pu nier et qu’il reconnait avec joie. La profondeur et l’efficacité poétique de Sopro n’ont d’ailleurs pas échappé aux organisateurs du Festival des 3 Continents, le film se retrouvant, à juste titre, dans la sélection officielle. « C’est un énorme plaisir d’être invité au Festival des 3 Continents. Au Brésil cet évènement est connu et reconnu par les professionnels du cinéma », se réjouit Pimentel. Au-delà de sa renommée, le cinéaste apprécie le choix des films proposés durant l’évènement : «  J’aime le concept du festival, il ne s’attarde pas sur les grands moyens mais sur les bonnes idées des films  ». Pas de pronostics sur ses chances de remporter un prix au festival, mais Marcos Pimentel espère déjà que son prochain documentaire, A parte do mundo que me pertence, attirera l’attention. «  Le film parle des désirs et des rêves d’une poignée de personnages ; l’enjeu se situera dans la réalisation ou non de leurs attentes  ». Dans la lignée d’un authentique Pimentel, le film se déroulera également au Brésil, mais cette fois-ci, le réalisateur donnera à voir le côté citadin du pays.

Un sourire timide aux lèvres Marcos Pimentel, se lève, prêt à poser pour notre photographe. Agréable et disponible, le réalisateur sème derrière lui la chaleur du Brésil et transpire la sincérité à l’image de ses films.

Humain.

Céline Gardet

[A lire] –  Chronique de Céline GARDET

« Une manière de filmer les moments forts de la vie, tels que la mort ou l’amour, de façon simple et sans prétention. Ce type de réalisation me touche car elle possède une grande profondeur, dénuée d’artifices… »

[A lire] –  Critique cinématographique de SoproLa vie tout simplement par Céline Gardet

« De l’immensité des forêts brésiliennes, au microcosme d’un village rural, Sopro est suspendu entre l’onirisme des paysages et la réalité brute du quotidien. Portrait d’un Brésil dans toute son humanité… »

 

Angéline DAVY – Photographe