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[Chris Fujiwara]

[Chris Fujiwara]

Cette année, le Festival des 3 Continents comptait parmi son jury international Chris Fujiwara, critique cinéma, journaliste et directeur artistique du Festival international du film d’Édimbourg. Rencontre.

 

Quels sont vos critères d’appréciation d’un film ? Qu’est ce qui est important pour vous ?

Pour moi, le plan formel est très important. Je cherche toujours dans un film quelque chose qui signifie que le cinéaste maitrise vraiment son film, qu’il a un sens et une vision du cinéma. Il faut qu’il y ait quelque chose qui bouge de plan en plan, quelque chose qu’on puisse suivre, qui évolue tout au long du film : une pensée ou une émotion. Bien sûr c’est un peu abstrait et c’est difficile à expliquer précisément. En fait, pour moi il n’y a pas de critère a priori. Je dois ajuster mon point de vue chaque fois. Mais ce que je cherche en priorité, c’est qu’il y ait une évolution au cours du film. Cela peut se manifester de différentes façons. Il y a des cinéastes qui travaillent surtout sur le scénario. Dans ce cas, l‘idée prédomine et c’est cela qu’on suit tout au long du film. Au contraire, il y a d’autres cinéastes pour qui l’idée est moins importante que le shooting. Ceux là cherchent quelque chose dans le rapport à l’acteur et à la lumière. Je dois respecter ces différents critères.

Comment percevez-vous la sélection dans son ensemble ? La trouvez-vous étonnante, diversifiée, surprenante ?

C’était très intéressant et très réjouissant pour moi d’avoir la chance de faire partie du jury dans une compétition où les film ont été si bien sélectionnés. Ce ne sont pas des films quelconques. Selon moi, ils représentent le meilleur de la production des dernières années au sein de ces trois continents.

Vous avez eu un coup de cœur particulier pour un des films de la compétition ?

Oui… En fait, tous les films que nous avons primés me tiennent à cœur. Malheureusement, nous avons pu donner seulement deux prix et une mention spéciale. Il y a d’autres films de la compétition que j’aime beaucoup, et que j’aurais voulu récompenser.

Avez-vous une sensibilité particulière vis à vis d’un continent représenté ?

Depuis longtemps, je m’intéresse au cinéma asiatique. Les autres continents m’intéressent aussi, bien évidemment, mais j’ai vécu 7 ans au Japon avant de m’installer à Édimbourg. Cette expérience m’a permis d’approfondir ma relation, non seulement avec le cinéma asiatique, mais aussi avec la culture asiatique en général. Je m’intéresse aussi au cinéma d’Amérique du sud qui est très fort en ce moment. D’ailleurs, le directeur artistique de la Mostra de Venise a dit récemment que l’Amérique du Sud dépassait la Chine en termes d’intérêts artistiques. Je ne sais pas si cela est vrai, mais je comprends ce qu’il veut dire. Il y a quelque chose qui bouge et qui est très passionnant dans les films de cette région. Cette année, il n’y a pas de films africains dans la sélection. Je le regrette un peu. Mais on connaît les problèmes de l’Afrique, et j’espère qu’il y aura quelque chose l’année prochaine.

Avec quel sentiment repartez-vous de Nantes ?

Je repars avec le désir de mieux connaître les réalisateurs des films présentés durant le Festival des 3 Continents. Je dois aussi dire que j’ai été étonné par le public Nantais. Il y avait beaucoup de monde aux projections, même pour les vieux films chinois de la rétrospective. Et puis, les spectateurs avaient aussi un grand intérêt pour les films en compétition. La salle était toujours pleine, même pour le film de Wang Bing qui dure presque quatre heures, ce qui représente quand même deux cents à trois cents personnes ! C’est très impressionnant. Je pense qu’en rentrant, je réfléchirai à la manière dont je pourrais engager le public à venir au festival d’Édimbourg, et à la façon de lui donner un peu de l’énergie dont le public Nantais fait preuve.

 

Hadrien Bibard et Chloé Liétard

Angéline Davy – Photographe