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Burkina : après l’âge d’or

Burkina  : après l’âge d’or

Ouagadougou reste une des grandes capitales du cinéma africain. Mais la production burkinabée souffre. Regards croisés de trois réalisateurs.

«  Les temps changent, le cinéma aussi.  » C’est le constat que fait Berni Goldblat, réalisateur, producteur, installé au Burkina Faso et ancien participant des ateliers Produire au sud. Il fut un temps où le cinéma burkinabé était connu et reconnu en Afrique comme en Europe. De fait, les années 80 et 90 ont vu émerger, à la lumière du FESPACO – le festival panafricain de cinéma et de télévision de Ouagadougou – une poignée de cinéastes talentueux. «  La génération dorée  », comme la qualifie Aimé Bationo, autre jeune réalisateur burkinabé. Mais cette époque semble révolue. Depuis une dizaine d’années, l’arrivée du numérique a changé la donne.

«  Pas du vrai cinéma  !  »

Les pellicules ont disparu, la nouvelle technologie a fait son entrée et la production s’est transformée. Pour Aimé Bationo, «  ce n’est pas du vrai cinéma  ! Ça ressemble tout au plus à des films de télévision  ». Son discours est plutôt pessimiste mais le jeune cinéaste se dit réaliste. Il remet en cause le talent de ces «  vidéastes  » qui cherchent à produire au maximum et à moindre coût. Résultats  ? La production audiovisuelle burkinabée compte aujourd’hui bien plus de séries destinées au petit écran – dont quelques unes sont d’ailleurs diffusées sur TV5 Monde – que de «  véritables films  ».

Le creux de la vague

Le cinéma du Burkina Faso est-il mort pour autant  ? Berni Goldblat parlerait plutôt d’une période de creux. D’accord, les fonds de soutien à la production cinématographique burkinabée ne sont plus les mêmes qu’il y a vingt ans  : la francophonie, l’Union Européenne et le ministère de la culture du Burkina Faso ont largement réduit – voire supprimé – les subventions.

Selon Berni Goldblat, ce n’est pas pour autant qu’on ne voit pas de belles productions sur le grand écran, «  au contraire, on assiste à un renouveau du cinéma burkinabé  ». Notamment des documentaires et des courts-métrages, mais aussi des fictions et des films d’animation.

Un manque de moyens

«  Les idées sont riches, mais les moyens manquent  » ajoute Berni Goldblat. Les financements provenant de l’occident ne sont plus ce qu’ils ont pu être. La production burkinabée – et africaine en générale – non plus. Finies les histoires de magie noire, image d’une Afrique traditionnelle immobile. Aujourd’hui, les scénarios s’appuient bien plus sur des aventures urbaines très contemporaines. «  Les gens au Burkina aiment voir leur quotidien, leurs propres soucis  ». Mais ils veulent avant tout se divertir. En témoigne la sortie de Congé de mariage. Cette comédie de Boubakar Diallo a atteint 45 000 entrées en trois semaines, alors qu’elle était seulement diffusée dans deux salles du pays. Le cinéma burkinabé n’est donc pas mort. Les films peinent simplement à dépasser les frontières. Pour Adama Sorgho, jeune réalisateur, auteur d’un moyen-métrage qui essaie actuellement de promouvoir son travail en Afrique et en Europe, le problème c’est «  le manque de qualité de nombreux films burkinabés. Et même s’il y a des projets prometteurs, diffuser et faire de la publicité coûte cher.» À l’inverse, Berni Goldblat reste positif «  Je suis très optimiste, l’Afrique est en mouvement, il faut juste patienter. L’important est de ne pas voir et juger les films avec des lunettes occidentales.  »

 

Léa Morillon