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[Diego Quemada-Diez]

[Diego Quemada-Diez]

Des rêves en cage

Six ans d’investigations, 600 témoignages et 27 récompenses pour le premier long-métrage du réalisateur Diego Quemada-Diez  : La Jaula de oro. Primé au Festival de Thessalonique en Grèce, de Zurich en Suisse ou encore à Cannes en 2013 dans la catégorie Un certain regard, son film sur l’immigration touche et émeut. Après trois mois de tournée promotionnelle, le réalisateur de passage à Nantes, a accordé à Preview une interview exclusive.

Ils rêvent d’or et veulent vivre dans la cage dorée, nom qu’ils donnent aux États-Unis : les immigrés clandestins mexicains que l’on appelle depuis les années 70 les wetbacks («  dos mouillés  », car ils traversent les rivières pour franchir la frontière) sont toujours plus nombreux à tenter leur chance. Le réalisateur Diego Quemada-Diez a filmé avec un grand réalisme et beaucoup de poésie le périple de trois adolescents vers la « Jaula de oro » (le titre français est «  Rêves d’or  »). Cinéaste espagnol installé au Mexique, il réalise son premier long-métrage, dans lequel il suit le trajet de trois adolescents originaires du Guatemala, déjà parvenus au Chiapas (Mexique), qui tentent de rejoindre Los Angeles. Juan, Sara et Samuel sont pris dans une rafle avec un jeune indien qui ne parle pas un mot d’espagnol. Ils sont renvoyés au Guatemala mais retentent leur chance. Incidents, catastrophes, policiers et gangsters suivent ces groupes de migrants.

Le cinéaste filme l’engrenage fatal avec un réalisme proche du style documentaire.

De nombreux films ont déjà traité le sujet de l’immigration – La Pirogue, de Moussa Touré (2012), Welcome, de Philippe Lioret (2009) – mais rares sont ceux qui ont demandé autant d’années d’investigations, de recherches.

Un cinéaste du social

Ayant travaillé en tant qu’opérateur caméra avec Ken Loach sur Land and Freedom, Fernando Mereilles sur The Constant gardener ou Alejandro González Iñárritu sur 21 grammes, Diego Quemada-Diez s’est formé sous la coupe de ces trois figures phares du cinéma de réalisme social. Un héritage et des expériences qui ont évidemment influencé le travail du réalisateur sur La Jaula de oro, l’incitant ainsi à filmer en continuité, ou à faire découvrir aux acteurs non professionnels le scénario seulement quelques minutes avant chaque tournage… «  Mes personnages n’ont pas besoin de jouer  » explique-t-il.

Une quête de réalisme

En effet, dans son film, la frontière entre la fiction et le documentaire est sensible. Alors documentariste ou scénariste  ? Diego Quemada-Diez hésite : «  L’un propose au spectateur de vivre une expérience, l’autre de la raconter. J’essaie de m’immiscer entre les deux. C’est la fiction qui génère la structure dramatique et les personnages, mais ils sont dérivés de témoignages authentiques d’immigrés du Guatemala, du Mexique, des États-Unis, etc. Les gens m’ont demandé de raconter leur histoire  ». Pour traduire ces récits, Quemada-Diez filme au plus près la réalité, dans sa chronologie, en s’attardant sur des détails, des moments de vie qui n’ont pas d’importance dans la narration, mais qui font effet de réel. Les personnages comme les lieux existant.

« Quand j’avais 4 ans, j’ai vu un film qui m’a tellement fait pleurer que je me suis dit que j’aimerais bien faire ressentir la même chose », confie le cinéaste. Et c’est chose faite. Le public de Cannes, en mai 2013, a été réceptif et ému. Diego Quemada-Diez,  fort de tous ses prix, sait désormais qu’il est attendu pour son prochain opus. Il laisse entendre que son prochain projet se déroulera au Mexique, et abordera la situation de l’Amérique latine. Une autre cage, mais moins dorée.

Leslie Vogt et Faustine Heugues

Louise Leclerc – Photographe