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Jérôme Baron, directeur du Festival des 3 continents : « On tient un bon cru 2013 »

Jérôme Baron, directeur du Festival des 3 continents : « On tient un bon cru 2013 »

Du 19 au 26 novembre, c’est la 35ème édition du Festival des 3 Continents. Preview a profité de l’occasion pour poser quelques questions à Jérôme Baron, le directeur artistique du festival. 


Pouvez-vous vous présenter rapidement à nos lecteurs ?
 
Je suis Jérôme Baron, directeur artistique et délégué général du Festival des 3 Continents depuis 2010. Mon parcours est assez simple : j’ai fait des études de cinéma, un peu de philosophie et aussi de civilisation. Je suis donc historien du cinéma de formation de formation.

Parlez-nous un peu de la programmation de cette année.

Pour cette édition, on a vraiment une grande diversité de propositions, mais on tenait absolument à mettre en valeur le cinéma africain. Comme vous le savez, c’est un cinéma qui se trouve dans un état de grande fragilité, et la matière qui permettrait de constituer des programmes au regard du continent africain est loin d’être évidente à trouver.

L’affiche de la 35ème édition prend tout de suite plus de sens…

Pour marquer le coup, on avait vraiment envie de proposer quelque chose de porteur, et quoi de mieux qu’un baiser de cinéma ? Je pense que c’est une belle manière de célébrer le cinéma africain. On voulait aussi sortir du cliché habituel qui consiste à montrer des enfants rieurs ou des noirs qui dansent.

La mise en place de la programmation n’a pas été trop compliquée ?

Je dois bien admettre que l’on n’a pas beaucoup dormi lors des préparations et que le stress était bien présent. La programmation a été très, très difficile cette année. Après des mois de recherches et de blocages, tout s’est décanté les dernières semaines avant le début du festival. C’est probablement la programmation la plus dure que j’ai eu à monter depuis que je travaille pour le Festival des 3 Continents. Mais pour moi c’est le prix de la rareté. On voit tous les ans à Nantes des choses que les autres festivals ne montreraient jamais. Il y a des films qui sont diffusés cette année pour la première fois en Europe.

On a l’impression que le festival fait de plus en plus le grand écart pour plaire à d’autres publics.


Je ne pense pas, car ce qui prime c’est toujours la qualité des films que l’on place dans chacun des programmes. C’est une vraie démarche de notre part d’aller vers le public étudiant, scolaire ou les jeunes adultes. On a un public historique fidèle, mais le festival a 35 ans maintenant, ce qui fait que les spectateurs ont 35 ans de plus. Donc ça nous oblige à maintenir une exigence qualitative élevée, tout en ouvrant le festival à des cinématographies qui sont moins présentes dans son ADN.

Comment est né le thème «  À la croisée des chemins  » ?


Au début j’ai pensé à la question des mouvements migratoires, parce que c’est une question d’actualité brûlante à différents niveaux. Mais en voyant les films choisis pour la 35ème édition, c’est un thème qui me paraissait un peu trop restreint. Au final, j’ai compris que la question c’était surtout celle du chemin, du déplacement, de l’errance et de tout ce que cela peut impliquer. Pourquoi les gens voyagent et se déplacent  ?

Un petit mot sur le centenaire du cinéma indien ?


Comme c’est le 35ème anniversaire du Festival des 3 Continents et le 100ème anniversaire du cinéma indien, on s’est dit qu’on avait quelque chose à faire ensemble (rires). Les films d’ouverture et de clôture seront placés sous le signe de l’Inde avec notamment The Lunchbox. Il y aura aussi une grande soirée au Grand T le 20 novembre où l’on fait venir Wasifuddin Dagar, qui est peut-être le plus grand musicien indien vivant. On proposera aussi des vrais classiques de Bollywood, avec des scénarios subtils et des acteurs magnifiques. On veut s’adresser à tous les publics mais toujours en présentant de la qualité.

Comment préparez-vous la sélection officielle du festival ?


On a vu beaucoup de films, à peu près 500. On a aussi reçu énormément de longs-métrages. Je pense qu’on tient un bon cru 2013. Certes, il n’y a que 9 films en compétition au lieu des 10 ou parfois 12 des années précédentes, mais on a laissé tomber certains films qui ont déjà la primeur d’autres festivals. Il y a toujours ce côté « cinéma restauré et retrouvé », puis des avant-premières pour permettre au public de découvrir des films inédits et enfin quelques long-métrages expérimentaux et un peu plus fragiles.

Vous êtes fier du jury de la 35ème édition ?

On a essayé de rapprocher des gens qui pourraient vivre une véritable expérience pendant une semaine. Avec ce casting, je suis persuadé qu’il va se passer quelque chose de vraiment sympa. On a donc un américain, un anglais, une iranienne et deux français. C’est un jury assez jeune, avec des gens qui ont un rapport particulier avec le cinéma contemporain. Ça va être une belle équipe, je suis très content.

Produire au Sud fait son grand retour dans le programme 2013.

En effet, on met en avant des binômes de réalisateurs-producteurs. Ce qui nous intéresse c’est de stimuler des dynamiques autour d’un projet à deux et faire de ces personnes des relais de compétences dans leurs pays. Bien entendu, le but principal est de les accompagner en leur offrant des conseils pour asseoir le projet d’un point de vue artistique, économique, etc.

Quel est votre avis sur l’évolution du Festival des 3 Continents ?


On va mieux aujourd’hui, surtout depuis qu’on n’est plus en déficit  ! (rires). Mais depuis 2010, le pari a été assez difficile pour nous tous. On partait avec 250  000 euros en moins, un budget revu à la baisse et trois ans pour remettre le festival à flot, ce qui a été fait. Mais tout en développant de nouveaux projets jusqu’en 2015, avec la relance des publics, etc. Par ailleurs, le festival a une histoire avec un patrimoine riche, mais celui-ci n’a jamais été valorisé. L’un des prochains objectifs sera donc de laisser des traces de ce qui a été fait sous la forme d’édition de DVD et de livres. Une manière de faire vivre le Festival des 3 Continents toute l’année.

Adrien Léger