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Chronique : À la croisée des chemins

Chronique : À la croisée des chemins

Tous les jours un réalisateur, invité sur le Festival des 3 continents, évoque les éléments clés de sa carrière. Au travers d’un court entretien, les cinéastes dévoilent les rencontres et films qui ont changé leur vision du cinéma. En somme, leur croisée des chemins.

 Rencontre avec Kaveh Bekhtiari, réalisateur iranien de L’Escale.

Quelle est LA rencontre qui a changé votre façon de faire du cinéma  ?

 Kiarostami! Ma rencontre avec ce réalisateur a tout changé. J’étais étudiant en section cinéma dans une école d’art. Un jour Abbas Kiarostami est intervenu en cours. Rencontrer ce type était vraiment incroyable. Avec lui j’ai compris que le plus important était d’adopter une posture bien plus que d’appliquer des concepts. Être cinéaste c’est posséder une manière personnelle d’observer les choses. C’est aussi prendre le parti d’être dans l’action ou non. Finalement un bon réalisateur a un style qui lui est propre, et Kiarostami a clairement son style. Aucun autre travail ne m’a autant touché que le sien.

 Votre film, scène ou phrase culte  ?

Close up d’Abbas Kiarostami. C’est l’un des meilleurs films du monde ! Je n’ai jamais revu ça autre part. Dans ce film il n’y a pas de cloison. Kiarostami parvient à s’émanciper des codes du genre documentaire pour raconter une histoire unique. Celle d’un homme passionné à la folie par le cinéma se faisant passer pour un réalisateur. À la fin Kiarostami crée la rencontre entre « l’imposteur » et « l’original », c’est fascinant. Le goût de la cerise, que j’avais vu deux ans avant de rencontrer Kiarostami, m’a également bouleversé. Imaginez rencontrer l’homme qui vous a donné envie de faire du cinéma.

 Y a t-il des réalisateurs qui influencent votre travail  ?

En fait je dirais qu’il y en a trois. Abbas Kiarostami bien sûr, Ken Loach , et les frères Dardenne . J’admire la liberté et l’adaptabilité que possède Kiarostami dans ses films. Chez Ken Loach son cinéma très « éthique » force mon admiration. Dans un pays comme l’Angleterre, centre du consumérisme, il parvient à se pencher sur toutes les couches sociales. C’est admirable. Enfin, les frères Dardenne ont une manière de traiter leurs personnages, très « jusqu’au-boutiste ». J’ai l’impression qu’ils « étirent » leurs protagonistes à l’extrême et là où on pourrait croire qu’il n’y a pas d’histoire. Ce traitement des personnages façonne le récit.

J’essaie vraiment de m’inspirer de tout cela, d’éviter d’être dans le militantisme mais plus dans une certaine conscience politique. Le plus important en somme est d’éviter de faire des compromis dans son cinéma, de parvenir à jouer avec les contraintes. C’est ce que j’ai tenté d’appliquer dans mon dernier film, L’escale  .

 

Céline Gardet

Angéline Davy – Photographe