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Le sexe, bête noire du cinéma chinois

Le sexe, bête noire du cinéma chinois

En Chine, seulement vingt films étrangers obtiennent une permission de projection chaque année. Autant dire que le pays de la censure ne laisse rien passer. L’autorité chinoise a même fait du sexe au cinéma une priorité et n’hésite pas à couper les scènes trop osées à son goût. Retour sur le traitement du sexe au cinéma en Chine.

Suggérer plutôt que montrer

Que serait Quand Harry rencontre Sally sans sa mythique scène de l’orgasme ? Et Eyes Wide Shut sans la scène du bal masqué orgiaque ? La société occidentale actuelle se veut ouverte et moderne. Elle ne s’offusque pas et passe au-dessus des tabous. Mais au bout du compte, à trop vouloir parler de tout, elle devient blasée. C’est le cas du sexe, notamment au cinéma, qui s’est finalement banalisé au fil des années, ce qui par conséquent incite parfois les réalisateurs à la surenchère. On ne peut pas vraiment en dire autant du cinéma chinois qui est, quant à lui, empreint d’une pudeur parfois poussée à l’extrême.

Sans tomber dans la caricature, on peut aisément dire que ce qui caractérise le peuple chinois c’est une retenue et une discrétion qui lui est propre. Au cinéma, cette pudeur se traduit par l’utilisation de la suggestion ou par des signes de sensualité. Ainsi, pourquoi montrer une scène de sexe quand on peut suggérer l’acte ? Les cinéastes doivent donc faire preuve d’imagination pour éviter la censure comme dans 2046, film dans lequel Wong Kar-Wai fait enfiler un collant à Su Li Zhen pour mimer l’acte sexuel. On n’est pas loin de la scène de Gilda (1946) avec Rita Hayworth enfilant son gant de satin. Méthode similaire pour Charles Vidor, contraint par le drastique et pudibond Code Hays américain des années 1934 à 1966.

 “Coupé ! On la refait !”

 Des scènes coupées en passant par l’interdiction du film d’être diffusé sur le territoire, la Chine est bien déterminée à rendre son peuple hermétique à tout sujet qui la froisse. La SARFT (l’administration d’état de la radio, du film et de la télévision en Chine) veille au grain et ne laisse rien passer. Cet organe administratif rappelle qu’il ne faut “pas avoir dans son film de scènes obscènes, pornographiques, sadomasochistes, de viols, de prostitution, scènes incestueuses, de perversion sexuelle, d’homosexualité, de masturbation ; de scène où l’on dévoile les parties intimes de l’homme comme de la femme ; de scènes avec des propos, dans le texte ou dans la musique, outranciers et pervers”. Le cadre est posé.

En 2007, Ang Lee en fait les frais avec son film Lust, Caution dont les scènes de sexe ont été enlevées pour en faire une version distribuable (et distribuée) dans les circuits officiels.

 Des scénarios torturés

 Malgré tout, la sexualité est un sujet récurrent que beaucoup de réalisateurs chinois traitent au risque de se faire censurer.

Ang Lee traite le sujet de l’homosexualité dans Le Secret de Brokeback Mountain en 2005 et Wong Kar-Wai a décidé de s’éloigner de la traditionnelle réserve de son pays en tournant des scènes de sexe dans 2046 (2004).

C’est souvent le triangle amoureux et l’adultère qui reviennent comme dans Printemps dans une petite ville  de FEI Mu (1948), l’un des chefs d’œuvre du cinéma chinois, qui met en scène Yuwen, une femme retrouvant le bonheur dans les bras de son amant de jeunesse.

Enfin, il y a des films comme Lost in Beijing de Li Yu (2007) où tout y passe : prostitution, viol, chantage, menaces… de quoi réjouir la Chine !

 Comme s’ils voulaient se rebeller contre les diktats de leur pays, des réalisateurs révèlent un cinéma torturé avec des personnages noirs et complexes. La sexualité, espace de liberté et de marginalité, de normalisation impossible, déclenche l’obsession de contrôle des idéologies, religions ou nations totalitaires qui abhorrent la diversité. Elle est forcément le champ d’affrontement avec l’institution. L’histoire a prouvé que c’est toujours elle qui a gagné.

Clémence Tixier-Purorge

[A LIRE] –  CRITIQUE CINÉMATOGRAPHIQUE DE PRINTEMPS DANS UNE PETITE VILLE – UN AMOUR APHONE PAR Klervi Drouglazet et Léa Morillon

« Printemps 1946, une petite ville du sud de la Chine renaît de ses cendres. Au loin le spectre de la guerre s’éloigne peu à peu et la vie reprend son cours, du moins ce qu’il en reste… »