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Les sabres de la Chine ancestrale

Les sabres de la Chine ancestrale

Tradition historique, littéraire et orale, les films de sabre chinois sont l’émanation directe de tout l’univers spirituel de la Chine. 

90 ans. Cela fait neuf décennies que les films de sabre chinois, appelés «  Wu Xia Pian » – traduit littéralement «  film de chevalier errant  » –  existent. L’incendie du monastère du lotus rouge (1928) fut l’un des tout premiers films du cinéma chinois qui marqua le succès de ce genre. Pourtant ce n’est qu’en 2000 que nous, occidentaux, avons découvert ce genre traditionnel avec le film Tigre et Dragon d’Ang Lee.

Que s’est-il passé durant ces 80 années  ? Qu’est ce qui a pris si longtemps au Wu Xia Pian pour franchir les frontières chinoises et taïwanaises  ?

Ancré dans la culture chinoise, dans les romans puis l’adaptation cinématographique mais aussi la poésie, notre équivalent asiatique de films de capes et d’épées a subi une interdiction par le régime communiste peu après sa création. Son succès se perpétua à Taïwan. La qualité filmique et le manque d’originalité aura raison du genre durant une vingtaine d’années. Ce n’est qu’en s’inspirant de l’âge d’or japonais au début des années 60 que des producteurs chinois de la Shaw Brothers se lanceront dans l’aventure du cinéma à sabre chinois à Hong Kong. Son style va évoluer  : les combats d’arts martiaux seront plus longs, plus chorégraphiés mais aussi plus violents. Plus apprécié par le public asiatique, le genre reprend ses marques dans la culture cinématographique orientale.

Des codes bien précis

En 2000, Ang Lee – réalisateur taïwanais exilé à Hollywood va faire découvrir ces films de sabre chinois au grand public occidental. Comme tout genre qui se respecte, le Wu Xia Pian répond lui aussi à des codes précis  :

  • un héros solitaire avec un sens du sacrifice parfois exacerbé  ;
  • une vengeance assez rébarbative dans les scénarios  ;
  • des décors dans une Chine médiévale fantasmée  ;
  • des combats, élégants, sublimes, et parfois surréalistes défiants les lois de la pesanteur .

Ce mythe du héros en quête de vengeance de sa bien-aimée ou de son maître va plaire à ce nouveau public. L’inconnu fait rêver, et la culture chinoise est quasi inexistante dans nos programmes d’Histoire  : la découverte de la Chine ancestrale couplée de poétiques combats d’arts martiaux plongent le spectateur dans un pays aux mœurs chevaleresques d’antan peu connues.

La démocratisation du genre

Le genre qui se veut sublime – la beauté fait de chaque scène un tableau où les personnages et les décors prennent une pose statique – est contrebalancé par une vive rythmique des combats d’arts martiaux.

Les films de sabre chinois se pérennisent à l’ouest du globe en 2002 avec Hero de Zhang Yimou, puis en 2005 avec Seven Swords de Tsui Hark ou plus récemment avec Les trois royaumes de John Woo (2008).

Maniant habilement une technique asiatique propre, des financements de plus en plus gargantuesques avec une richesse thématique, le Wu Xia Pian de cette dernière décennie n’a pourtant pas engendré le chef d’œuvre qui aurait pu le hisser aux sommets qu’il a connu les décennies précédentes. Pourtant, presque un centenaire plus tard, ce retour en force des plus brillants cinéastes chinois aux commandes d’un genre en constant renouvellement annonce le meilleur pour son avenir à l’international.

Gianni Castillo.