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Takeshi Kitano, l’iconoclaste

Takeshi Kitano, l’iconoclaste

Personnalité hors norme, Takeshi Kitano, se joue tant de son image que des conventions. Rétrospective d’une réussite intellectuelle entre épicurisme, esthétique de la violence et art de vivre.

«  Je m’amuse, si on me demande qui je suis,
je ne peux que répondre  : 
l’homme qui joue Beat Takeshi et Takeshi Kitano.  »

Réalité duale : l’homme aux mille visages, Beat Takeshi, acteur et animateur télévision a pour double Takeshi Kitano, le cinéaste et auteur. L’un contaminant l’autre au centre d’une mosaïque identitaire sans fin. Peintre et écrivain, gosse dans toute sa noirceur, inhibiteur d’expressions, désinvolte dédoublé, créateur par la destruction, destructeur par la création, victime d’un Japon acculturé mais libre de toute pensée, Takeshi Kitano, le modeste autodidacte de Senju, quartier tokyoïte  d’après guerre le plus malfamé, s’amuse des diktats.

Kitano ne connaît pas bien le cinéma, et pourtant. Perçu comme l’un des plus grands cinéastes japonais, il est poussé à s’intéresser au grand Akira Kurosawa, afin de répondre aux comparaisons récurrentes que font les journalistes entre son œuvre et celle du maître. Absurdité kitanesque, c’est Kurosawa lui-même qui le félicitera  : « J’apprécie tes films depuis longtemps, Beat. Dans Sonatine, comme dans les autres, il n’y a pas d’explication inutile. Tu filmes d’une manière très spontanée. Dans le cinéma japonais, on explique toujours trop tout. Ce qui est très intéressant chez toi, c’est qu’il n’y a pas ça.  »

Le ça kurosavien sonne comme le Ça freudien. Surmoi masochiste, Kitano efface le Beat à la « tchatche mitraillette », éreintant et raillant toute forme d’autorité.

Antihéros aux expressions fades voire inexistantes, flics ou yakuzas bancales et dépouillés, l’iconoclaste brise, explose et détruit le réalisme d’un monde en exposant tous ces « individus décalés, marginalisés, trop facilement, trop simplement mis de côté, sans se poser de questions, un peu comme on balaie le pas de la porte » comme il se décrit lui-même en 2010 dans l’ouvrage Kitano par Kitano.

Takeshi Kitano a-t-il une haute opinion de lui même  ? Pas le moins du monde. Cinéaste indétrônable et plasticien prolifique, il choisit d’être indifférent à lui-même. Ses toiles multicolores « ne méritent pas de nom », estime-t-il. Il se demande même si elles ont leur place dans un musée. Ce fut pourtant le cas lors de l’exposition Gosse de peintre en 2010 à la Fondation Cartier pour l’art contemporain à Paris, ainsi qu’en 2012 au Tokyo City Opera, aux côtés de multiples projections d’émissions télévisées, animées par Beat Takeshi. Contradiction sur contradiction, à 66 ans, le gamin de Senju se joue du destin, en toute impunité.

Kitano painting

 

Maël Dubourg