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Le petit film rouge du cinéma chinois

Le petit film rouge du cinéma chinois

Directrice adjointe de l’Institut d’Histoire du Temps Présent, un centre de recherche rattaché au CNRS, Anne Kerlan étudie la culture visuelle. Par le décryptage du contexte elle donne du sens aux images. Dans le cadre de la rétrospective sur le cinéma chinois elle est invitée pour conseiller Jérôme Baron et partager sa vision sur l’évolution du cinéma chinois.


Pourquoi cette rétrospective ?

Elle est utile pour mieux comprendre le pays. Le cinéma chinois contemporain est en pleine redécouverte par son public, et du fait de son ancrage dans la culture populaire il constitue un matériel riche pour les chercheurs. Les productions des années 1920 – 1950 ont influencées les réalisateurs jusqu’à aujourd’hui. Les connaître permet de comprendre les films actuels.

Ces vieux films sont-ils bien connus ?

Malheureusement non. La méconnaissance est en partie liée à l’historiographie communiste qui a réécrit l’histoire du cinéma. Un film comme Confucius, sorti en 1941, a longtemps disparu, avant de réapparaitre aujourd’hui. Les archives nationales n’ont étés ouvertes que dans les années 50. Les films antérieurs ont souffert du temps et de la guerre. Les films postérieurs ont étés classés en « bons » et « mauvais ».

Les mauvais films ont-ils été détruits ?

Nous ne le savons pas. Ce qui est sûr, c’est que la plupart ont étés écartés, volontairement enfouis dans les archives. Cela ne veut pas dire qu’on a procédé à une destruction. Ils peuvent être « ailleurs », et surtout n’ont pas subi de restauration.

Qu’est ce qui définit le cinéma chinois ?

Avant tout, il est influencé par l’histoire. Il constitue à lui seul une identité culturelle forte. De plus, les élites culturelles au sens large, pas seulement politiques, l’ont considéré comme un outil de transformation de la société. Enfin, il se démarque par une recherche esthétique de ses propres codes, à partir d’influences diverses, notamment européennes. Il constitue une forme hybride de cinéma.

On connait aujourd’hui la division en trois des productions (Taiwan, Hong Kong et le Continent), mais dans la rétrospective on découvre trois villes clés.

Sur le continent, Shangaï constitue le premier berceau du cinéma. C’était une ville de studios jusqu’en 1949, quand le pouvoir politique a brisé son hégémonie. Sans lui succéder, Pékin illustre l’influence politique sur les réalisations. Il ne faut pas négliger le rôle de la diaspora chinoise qui à Singapour ou, en Malaisie, voit les films produits et permet leur diffusion. Dans ce contexte, Hong Kong constitue une plaque tournante cinématographique en Asie du Sud Est.

Quelle image de la Chine nous donnent ces films ?

La première chose, c’est l’occidentalisation du pays et les jugements qui y sont liés. On va de la condamnation morale à la fascination des modèles politiques. Ensuite, on découvre une société faite de clivages : les riches contre les pauvres, les urbains contre les ruraux, les modernes face aux traditionnels… C’est une représentation biaisée de la Chine où l’on fait passer des messages. Par exemple, ces vieux films montrent une Chine urbaine moderne alors qu’elle ne représentait qu’un ilot dans un pays rural.

Le politique joue donc un rôle dans les productions et les diffusions ?

Au début il n’y a ni intervention ni censure. C’est la période où la Chine découvre le cinéma. En revanche, les années 30 sont un tournant car on considère le film comme un outil de propagande. On finance des studios, on tourne des films d’actualités engagés… La période de la guerre renforce cette utilisation en opposant la Chine libre au Japon. L’Etat joue un double rôle d’incitation et de canalisation. Après la guerre, les studios privés se plient à la censure pour des raisons financières : les producteurs s’autocensurent pour assurer leurs revenus. La brutalité du régime de Mao n’a pas arrangé les choses.

En quoi la Révolution culturelle a-t-elle transformé le cinéma ?

On assiste dans les années 60 à l’apogée de l’outil de propagande communiste. Les enjeux artistiques disparaissent malgré les attentes du public. On va jusqu’à vivre une période blanche : pendant trois à quatre ans, aucun film ne sortira. Ce qui va créer une rupture générationnelle. Mais le savoir faire n’est pas perdu, les anciens deviendront les enseignants des jeunes.

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Une nouvelle cité du cinéma a ouvert en septembre.

Le 22 septembre, le groupe Wanda a lancé à Qingdao une cité du cinéma, sorte de Hollywood chinois. Le cinéma chinois n’a jamais perdu son rôle de propagande. En diffusant les films par sa diaspora, la Chine utilise le soft power afin de véhiculer ses idées. Cela ne devrait pourtant pas remettre en question l’obtention d’un visa pour être diffusé à l’étranger de façon officielle.

Pour autant, les cinéma d’Art et d’Essai et underground, présentés souvent comme « interdit » devraient encore rester majoritaire sur nos écrans, loin des questions idéologiques.

 

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Carlhéric Derré