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[Voyage de chihiro] Périple merveilleux sous le soleil levant

[Voyage de chihiro] Périple merveilleux sous le soleil levant

Après le succès colossal de Princesse Mononoké en 1999, qui a révélé Hayao Miyazaki au monde entier, on retrouve la poésie des films du réalisateur nippon dans Le voyage de Chihiro. Sorti en salle en 2001, ce film devient l’un des plus gros succès cinématographiques du Japon. Un grand spectacle à la fois humain et féerique.

Ours d’or du meilleur film à Berlin, Oscar du meilleur film d’animation en 2002… le film bénéficie d’une reconnaissance internationale. Un périple unique et magique de 124 minutes au travers de personnages hauts en couleurs, servis par un scénario enchanteur et une animation réaliste. J’ai été divertie, attristée, apeurée, grâce aux traits de visage communicatifs de la jeune héroïne, époustouflée par les décors somptueux du palais des bains et des appartements de la patronne Yubaba.

Culture et sensibilité

De prime abord, le scénario n’a rien de transcendant. Un couple et leur jeune fille de dix ans, Chihiro, roulent en direction de leur nouvelle maison. Après s’être égarés en chemin, ils arrivent devant un long et mystérieux tunnel que la famille, curieuse et intriguée, décide de traverser. Tous les trois se retrouvent alors sur des collines en bord de mer, et découvrent ce qu’ils croient être un ancien parc d’attraction à l’abandon. Envoûtés par les odeurs de nourriture et la vue d’un festin gargantuesque, les parents de Chihiro s’attablent face à la devanture d’un restaurant désert. Chihiro, de son côté, décide d’aller visiter les environs. Une fois la nuit tombée, elle découvre avec stupeur que la ville est animée par des créatures surnaturelles, des silhouettes fantomatiques qui errent dans les rues. Coincée dans cet univers dans lequel la présence d’humains n’est pas tolérée, Chihiro va devoir s’intégrer à ce nouveau monde, qui s’avère être un lieu de repos et de détente pour les esprits. C’est avec acharnement que la jeune fille va œuvrer dans le palais des bains, dirigée par une vielle sorcière du nom de Yubaba, pour tenter de sauver ses parents, changés en cochons par cette dernière, et regagner le monde réel. Un conte de fées fait de culture et de sensibilité, où se mêlent avec finesse fantaisie, magie, jeu de piste, amour et amitié.

Nous aussi, avec elle, grandissons

Du déjà-vu ? On pourrait le présager pendant les premières minutes du film. Le voyage de Chihiro se construit comme un nouvel Alice au pays des merveilles, un voyage initiatique où la petite fille va chercher à rétablir l’ordre perturbé par ses opposants. Comme dans les contes des Frères Grimm, repris par Disney, la jeune fille, aidée par les personnages qu’elle rencontre au cours de son périple, doit sauver ses parents et l’homme qu’elle aime de la maléfique sorcière. Pourtant, il s’agit de bien plus. Loin des studios Disney, Le voyage de Chihiro est avant tout un conte ravissant, qui dévoile un sens du merveilleux que j’ai rarement découvert dans les films d’animation. Les décors fantaisistes des studios Disney, qui pourtant charment des millions d’admirateurs, ne peuvent, incontestablement pas rivaliser avec cet univers surnaturel où se mêlent philosophie de vie, préoccupations et espoirs d’une jeune fille.
 Comme à notre habitude avec les films de Miyazaki, tout ne se comprend pas et n’a pas grand intérêt pour un public novice. Qui est ce gros dieu blanc qui écrase Chihiro dans l’ascenseur ? Qui est ce dieu sans visage qui suit la jeune fille comme son ombre, plein de bonté envers elle ? Le film ne s’adresse plus à un spectateur qui recherche les détails mais à un observateur émerveillé par ce qu’il voit. Dès les premières secondes, nous accompagnons Chihiro recroquevillée à l’arrière de la voiture, la suivons, avec crainte et faiblesse, dans un tunnel déroutant, pour enfin la retrouver seule mais grandie. Chihiro, par le génie de Miyazaki, n’est pas seule à connaître un voyage initiatique et féérique. Nous aussi, avec elle, grandissons.

En filigrane, notre société passée au crible

Plus loin que des modestes péripéties vécues par une jeune fille, difficile de ne pas décerner dans l’univers du Voyage de Chihiro, une critique acerbe de la société contemporaine où règnent l’avidité et le pouvoir de l’argent. Dès son arrivée dans cet univers désorientant, l’héroïne de Miyazaki, qui est livrée à elle-même dans le monde des Dieux, va découvrir l’univers professionnel. Le palais des bains représentant le monde du travail où Yubaba, tyrannique et en quête éternel de profit, incarne le patronat. Chihiro, capricieuse et protégée par son cocon familial, évolue progressivement autour d’ouvriers malmenés, et doit maintenant prendre des initiatives et des responsabilités, excessives pour une jeune fille de son âge, pour sauver ceux qu’elle aime du danger. Tout au long de son film, Miyazaki évoque avec splendeur l’avarice et les conséquences de l’argent sur les êtres, à travers ses personnages. Yubaba représentant l’avarice, l’homme sans visage pensant pouvoir tout acheter avec son or, jusqu’à l’amitié de la jeune fille.
On pourra tout juste reprocher quelques longueurs au début du film mais il est difficile de ne pas être envoûté par ce voyage onirique et d’apprécier le charme métaphorique de cette œuvre colorée et mouvementée, traversée par les rebondissements enchanteurs que l’on peut expérimenter avec notre jeune héroïne. D’une intrigue à priori ressentie comme plate, Miyazaki tire un conte fort, surprenant, aux images qui sauront bien après la projection, nous bercer. Une merveille !

Nina Leclaire

Fiche technique
Film & Réalisateur: Le Voyage de chihiro de Hayao Miyazaki

Pays : Japon

Année : 2001

Durée : 124 minutes

Première diffusion : Mercredi 20 novembre à 14 h au Cinématographe.