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[Hariharan Krishnan]

[Hariharan Krishnan]

Le cinéma qui réveille les consciences

À l’occasion du centenaire du cinéma indien, le directeur du Studio Prasad et de la Prasad Academy, Hariharan Krishnan, revient pour Preview sur l’opposition entre cinéma réaliste et cinéma mélodramatique.

Avec The Lunchbox, on découvre un nouveau cinéma indien. Bollywood vivrait-il ses dernières heures  ?

Vous savez, The Lunchbox est un film peu commun dans le cinéma indien. Il appartient au genre réaliste qui n’a pas pour habitude d’être utilisé au cinéma en Inde. Le film n’est donc pas du tout représentatif des productions de mon pays et s’éloigne fortement des mélodrames habituels. Sur 1  200 films qui sortent chaque année, 20 à 30 d’entre eux sont à part, comme The Lunchbox.

Un cinéma mélodramatique prédomine donc en Inde…

Tout à fait, et c’est comme ça depuis longtemps. Le premier film indien (Raja Harishchandra, 1913) traitait déjà des valeurs comme l’engagement, l’honneur, l’honnêteté, le sacrifice, le tout sur un fond de mythologie. À la différence des États-Unis et de leur premier film, The Great Train Robbery, qui annonce les débuts du western et de la violence armée. Il faut donc bien comprendre que le cinéma indien éduque et suscite une prise de conscience.

Qu’entendez-vous par là ?

En Inde, le cinéma mélodramatique éduque, mais n’est pas là pour enseigner. Sans donner de solutions aux spectateurs, il leur offre des clés qui leur permettent de cerner le fonctionnement d’une société, de comprendre les lois qui la régissent, au final de «  réveiller  » les citoyens. Les Indiens font la part des choses. Ils savent que derrière  les scènes de danses et de chants des films bollywoodiens, il y a un message plus profond qui dicte un comportement à adopter dans cette nouvelle société post-Indépendance. Ce genre cinématographique explique simplement aux spectateurs qui sont les « gentils » et les « méchants », ce qui leur permet de se faire un avis et de trancher. Un peu à l’image d’Hollywood avec ses blockbusters.

Les mélodrames indiens n’ont donc pour objectif que d’éduquer le peuple ? Même les pires navets ?

Les films ne sont ni bons ni mauvais. Ils remplissent simplement leur fonction première. Il faut aussi préciser que 80% des films indiens ne marchent pas au box-office et font perdre de l’argent, mais pour les Indiens, faire des films est vital. En Inde, nous avons plusieurs langues, religions et cultures, mais les films permettent de nous rassembler. On peut comparer notre cinéma au sport, qui a cette dimension universelle. C’est pour cela que le cinéma indien fonctionne aussi bien. Au-delà de l’aspect éducatif, les mélodrames indiens sont une expression de la protestation. Dans le cinéma indien, les représentants de l’État sont toujours incarnés par des personnages méchants. Une façon de faire écho au passé, tout en réveillant les consciences.

L’histoire racontée dans The Lunchbox est-elle une photographie de la société indienne actuelle  ?

The Lunchbox n’est pas un film qui dénonce. Je le vois plutôt comme une histoire d’amour. C’est un film bourré de détails, qui montre plein de gens différents qui forment un tout, sans forcément refléter l’Inde d’aujourd’hui. Par exemple, les femmes de Bombay ne sont pas toutes comme Ila, le personnage principal du film. Je trouve aussi que les rapports familiaux dépeints dans le film sont eux aussi mal représentés : la relation d’Ila avec ses parents est purement esthétique et il est vraiment étrange qu’elle soit aussi déconnectée de sa famille.

Adrien Léger et Clémence Tixier-Purorge

[A lire] –  Critique cinématographique de The Lunchbox – Une recette qui fonctionne par Clémence Tixier-Purorge

« Un scénario singulier qui nous présente deux personnages que tout oppose. Ils ont, cependant, comme point commun cette solitude qui les ronge. La solitude d’une femme qui… »

[A lire] –  Critique cinématographique de The LunchboxPortrait d’une femme prenant goût au dialogue par Jeanne Hutin

« Par la nourriture, Ila retrouve le goût du dialogue. Le dialogue avec sa voisine, Aunty Deshpande, prête à lui donner des conseils de séduction. Et avec Saajan, l’échange est nourri jour après jour par le biais de petits mots…»

[A écouter] –  Chronique de Iglika Stankova  – Bandes-son des films indiens

« Les bandes-son, fortement inspirées par l’Occident notamment par le jazz et le rock, s’éloignent peu à peu de la musique traditionnelle indienne…»

Louise Leclerc – Photographe